Bébé vient d'arriver, la première photo est prise et partagée sur Instagram. Les amis la couvrent de cœurs, les grands-parents sont fiers. Pourtant, de plus en plus de parents ressentent un petit doute avant de publier des photos de leurs enfants sur les réseaux sociaux : est-ce que je le veux vraiment ?
Ce doute est fondé. Quand il s'agit de photos d'enfants en ligne, l'enjeu dépasse l'envie de montrer une jolie image.
Les risques de publier des photos d'enfants sur les réseaux sociaux
La crainte la plus citée concerne la vie privée, et il ne s'agit pas seulement de « quelqu'un pourrait voir la photo ». Les risques sont plus concrets :
Votre enfant n'a pas son mot à dire. Un tout-petit ne peut pas accepter que ses photos rigolotes dans le bain soient vues par des milliers de personnes. Cette habitude porte même un nom : le sharenting, contraction de « share » (partager) et « parenting » (être parent). Des chercheurs préviennent que certains enfants vivent mal, plus tard, le fait que leurs parents aient partagé autant de photos sans leur demander.
Une empreinte numérique dès la naissance. Chaque photo partagée s'ajoute à l'identité numérique permanente de votre enfant. Les métadonnées comme le lieu et l'heure, la reconnaissance faciale, la régularité de vos publications : mis bout à bout, ces éléments dessinent un portrait détaillé qui peut être conservé des années, même après que vous avez « supprimé » la photo.
La collecte de données par les plateformes. Instagram et Facebook (Meta) utilisent les contenus publiés pour entraîner leurs algorithmes et cibler la publicité. Les photos de votre enfant n'y échappent pas. Vous l'acceptez dans des conditions d'utilisation que personne ne lit.
Les captures d'écran et les partages. Dès qu'une photo est publique, ou même visible par un cercle d'amis, vous ne contrôlez plus qui en fait une capture. Elle peut atterrir là où vous ne l'auriez jamais voulu.
L'usurpation d'identité à long terme. Un enfant dont le nom complet, la date de naissance, l'école et la ville se reconstituent à partir des réseaux sociaux est exposé. Des cybercriminels combinent ce genre d'informations pour fabriquer des identités plus tard.
Ce que dit la loi
En France comme en Belgique, le RGPD (Règlement général sur la protection des données) s'applique. Une photo d'une personne identifiable y est considérée comme une donnée personnelle, et un enfant est une personne comme une autre.
En France, la loi du 19 février 2024 visant à garantir le respect du droit à l'image des enfants l'a inscrit noir sur blanc : les deux parents protègent ensemble le droit à l'image de leur enfant, en tenant compte de son âge et de sa maturité. La CNIL publie aussi des conseils à destination des parents sur la diffusion de photos de leurs enfants.
En Belgique, lorsque les deux parents exercent l'autorité parentale conjointe, la publication de photos de l'enfant suppose en principe l'accord des deux. L'Autorité de protection des données (APD) rappelle elle aussi que les enfants ont droit à leur vie privée, y compris en ligne.
Dans les deux pays, l'idée est la même : plus l'enfant grandit, plus il doit pouvoir donner son avis sur son image. Si vous êtes face à un désaccord concret, par exemple avec un ex-conjoint, un avocat ou un médiateur familial pourra vous dire ce qui s'applique à votre situation. Nous en parlons aussi dans notre article votre ex peut-il publier des photos de votre enfant ?
Les alternatives que choisissent les parents
De plus en plus de parents optent pour un entre-deux ou pour une vraie alternative. Voici les options.
Un groupe WhatsApp privé. Beaucoup de familles ont une conversation où circulent les photos. L'avantage : seules les personnes invitées les voient. L'inconvénient : WhatsApp appartient aussi à Meta, les groupes grossissent et deviennent difficiles à suivre, et n'importe quel membre peut transférer une capture. Plus sûr qu'un Instagram public, mais pas un endroit fiable sur la durée.
Un compte Instagram ou Facebook privé. Un compte verrouillé écarte les curieux, mais ne change rien à la collecte de données par Meta. L'image de votre enfant continue d'alimenter les algorithmes.
Un album Google Photos partagé. Techniquement plus privé qu'Instagram, puisque vous décidez qui y a accès. Mais Google lui-même accède à vos photos et s'en sert pour ses services. Les destinataires ont aussi besoin d'un compte Google, ce qui peut bloquer les membres plus âgés de la famille. Nous avons expliqué pourquoi Google Photos ne suffit pas pour garder les photos de votre enfant.
Les applis de journal de bébé. Des applis comme Tinybeans ou Ouderliefde sont privées : vous choisissez qui a accès et il n'y a pas de profil public. La différence est dans les détails : Ouderliefde stocke tout sur des serveurs européens et n'affiche aucune publicité, alors que la version gratuite de Tinybeans (une entreprise établie hors de l’UE) en affiche. Vous trouverez un comparatif des options les plus connues dans notre article sur les applis de journal de bébé.
Quel choix pour votre famille
Il n'y a pas de réponse unique. Certains parents arrêtent complètement de publier. D'autres se fixent une limite claire : pas de visage reconnaissable, pas de nom complet, pas de localisation. C'est un compromis tout à fait valable.
Quelques questions pour vous aider à trancher :
- Mon enfant serait-il content de voir cette photo en ligne à 16 ans ?
- Qui peut voir cette photo aujourd'hui, et dans cinq ans ?
- Est-ce que je la partage pour moi, ou vraiment pour les personnes que je veux toucher ?
- Existe-t-il un canal privé qui donnerait le même résultat ?
Pour beaucoup de parents, publier n'est plus un réflexe. Ils prennent un instant avant chaque photo. Dix secondes de réflexion peuvent éviter bien des explications des années plus tard.
Lisez aussi notre article qui explique pourquoi WhatsApp et la pellicule ne suffisent pas comme journal numérique.
Ouderliefde, une alternative sûre
Ouderliefde est une appli néerlandaise, disponible en français, pour garder les souvenirs de votre enfant en privé et les partager avec les personnes qui comptent vraiment. Vous partagez par un lien sécurisé, réservé à votre famille, introuvable sur Google et révocable à tout moment. Pas de publicité, pas de collecte de données pour des algorithmes, et tout est stocké sur des serveurs européens.
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